Appel contre le marché des ventres


Aujourd’hui encore, on considère trop souvent le corps des femmes comme un objet disponible. On attend d’elles qu’elles se dévouent, d’une façon ou d’une autre, qu’elles se donnent ou qu’elles se vendent.


Les innovations de la médecine procréative, précieuses pour combattre l’infertilité, comme la fécondation in vitro (FIV) et la transplantation d’embryons, permettent de séparer la fécondation de l’enfantement lui-même (grossesse et accouchement). C’est ainsi qu’est devenue possible l’idée d’utiliser le ventre d’une femme pour porter un embryon destiné à d’autres.


L’utilisation de « mères de substitution » (surrogate mother) s’est ainsi répandue dans certains Etats américains, en particulier en Californie, où s’affichent sans fard des annonces de « ventres à louer » (Wombs for rent), ce qui n’empêche pas ce marché de se délocaliser dans les pays pauvres, en Europe de l’Est ou en Inde, où les femmes étant beaucoup plus pauvres, les tarifs sont nettement moins élevés. 


Jusqu’ici, la France, comme la plupart des pays européens ou le Japon, a jugé cette pratique incompatible avec le respect dû à la personne et à son corps. Certains, à gauche comme à droite, proposent pourtant de l’introduire dans notre droit sous le nom aseptisé de « Gestation pour autrui », pour assurer à tous « le droit de fonder une famille », en tâchant d’éviter toute « commercialisation ». Un débat de fond a eu lieu, en 2010, sur la question, amenant à de premières prises de position d’élus socialistes, communistes, du Parti de Gauche ou Europe Ecologie-Les Verts, le bureau national du Parti Socialiste s’étant prononcé pour l’interdiction des mères porteuses le 14 décembre dernier.


Quand certains évoquent une logique généreuse du « don », force est de constater en effet, dans la pratique, que le bénévolat n’existe pas en ce domaine. Là où elle est autorisée, même très encadrée, comme au Royaume Uni, la maternité pour autrui est toujours rémunérée, sous forme de salaire ou de « dédommagement », bien au delà de la couverture des frais médicaux. Et comment pourrait-il en être autrement ?


Qu’une femme mette gratuitement ses organes et neuf mois de sa vie à disposition d’autrui sans contrepartie financière n’est imaginable que dans des cas tout à fait exceptionnels (comme pour les dons d’organes entre parents, et encore, pour sauver une vie). Mais la maternité pour autrui ne peut justement pas se pratiquer dans un cadre intrafamilial en raison des implications indirectement incestueuses qu’elle comporterait (tout le monde s’accorde là-dessus). C’est pourquoi, là où elle est permise, cette pratique donne toujours lieu à une rétribution de la grossesse et fixe un prix à l’enfant ainsi « produit ». L’enfantement devient alors un service social et la sphère économique s’empare de la vie la plus privée et la plus intime d’une personne. 


Loin de pouvoir s’inscrire dans le registre du don gratuit, toute forme de légalisation de cette pratique engage donc une marchandisation du corps féminin et de l’enfant. Ce nouveau marché du corps est ainsi indissociable de toute « gestation » pour autrui et n’en constitue nullement une « dérive » que l’on pourrait éviter.


Il faudrait rester aveugle au développement d’un marché procréatif mondial - sur lequel les gamètes et les ventres s’échangent, pour le plus grand profit de cliniques et d’instituts spécialisés - pour oser encore rattacher la mise à disposition du corps des femmes à un échange « altruiste ». 


Le marché des ventres, là où il est autorisé, constitue en fait une incitation à se vendre pour les femmes les plus vulnérables, une forme nouvelle d’exploitation et de servitude.


On ne peut assimiler la grossesse, qui concerne la vie la plus intime d’une femme, à un travail social au terme duquel la « gestatrice » remettrait finalement son produit à des commanditaires. Il faut se faire une étrange idée du rapport des femmes à leur vie propre et à leur corps, pour croire qu’elles peuvent vivre neuf mois, jour et nuit, au service d’autrui sans aliéner profondément leur personne. De plus, là où la pratique a été légalisée, les contrats d’engagement d’une « mère porteuse » entraînent une véritable mise sous tutelle de sa vie la plus intime : son alimentation, son mode de vie, sa sexualité, l’obligation d’avorter dans certains cas, etc. Pour ne rien dire de l’accouchement, avec ses risques non négligeables (épisiotomie, césarienne, voire hémorragie), qui se trouve alors inclus sans scrupules dans le cadre d’un échange commercial. 


Dans la pratique, contrairement à ce qu’affirment ses partisans, les contrats de mères porteuses donnent lieu à une multiplication de conflits souvent dramatiques entre les femmes qui s’y prêtent et ceux qui les utilisent. Quant aux nombreux risques physiques et psychologiques (pour la femme et pour l’enfant qu’elle porte), qui pourra les évaluer ? 


Nous soutenons par conséquent que la maternité pour autrui constitue en réalité une aliénation profonde de la personne tout entière et une marchandisation de son corps et de celui de l’enfant ; qu’elle est par là contraire aux droits fondamentaux de la personne et à la dignité de son corps, et qu’elle ne saurait être légitimée par des désirs ou des intérêts subjectifs. Il ne peut y avoir de « droit à l’enfant ». 


Loin d’être un progrès, toute légalisation de cette pratique représenterait une régression du droit, une extension du domaine de l’aliénation et un mauvais combat pour la gauche et pour les femmes. Nous appelons toutes celles et tous ceux qui sont attachés aux droits de la personne humaine à se prononcer pour le maintien de l’illégalité du marché des ventres en France et à lutter pour son abolition là où il existe, en particulier au sein de l’Union européenne. Telle devrait être, sur cette question importante pour la dignité des femmes, l’engagement de tout candidat de gauche aux élections présidentielles de 2012.


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