ANR : La recherche publique française asphyxiée

       

       Madame la Ministre de l'Éducation Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche,

       Monsieur le Secrétaire d'État, en charge de la Recherche et de l'Enseignement supérieur,

       Monsieur le Président Directeur Général de l’Agence Nationale de la Recherche    

 

Si nous vous écrivons aujourd’hui, c’est parce que nous sommes extrêmement inquiets pour l’avenir de la recherche publique et fortement préoccupés par son mode de financement.

L’Agence Nationale de la Recherche (ANR), qui est censée mettre en œuvre le financement de la recherche sur projet en France, a soutenu cette année moins de 10 % des projets qui lui ont été soumis. Non seulement le budget de l’ANR baisse année après année (30% de baisse entre 2008 et 2014), mais nous observons une évolution très nette de cette agence qui finance de moins en moins de Projets de Recherche Collaborative (PRC) soutenant la recherche fondamentale, au profit des Projets de Recherche Collaborative Entreprise (PRCE).

L’obtention de financements est pourtant devenue au fil des ans une condition préalable indispensable à notre travail, puisqu’aucune équipe de recherche ne peut travailler aujourd'hui avec le seul soutien financier de son organisme de tutelle (CNRS, Université, INRA, INSERM, etc...). Le financement récurrent des laboratoires est en effet si faible, et les postes statutaires de techniciens si peu nombreux, que le chercheur doit avant toute chose trouver un financement pour soutenir ses projets, et c'est d'ailleurs devenu une de ses activités principales. Force est de constater qu’avec un taux de succès si bas, l’ANR, qui devait représenter une source financière importante pour l’ensemble de la communauté scientifique, ne répond pas à cet enjeu, et nous pouvons légitimement nous demander si cette agence a encore une raison d’être. Combien de temps précieux (pour nous et pour le contribuable) est passé à l’écriture et à l’évaluation de projets, et ce dans l'écrasante majorité des cas en pure perte ? Quel est le coût de fonctionnement de l’ANR ? Combien d’argent pour rémunérer les évaluateurs étrangers (1), pour réunir les comités d’évaluation scientifique ? Quand les chances de succès sont si minimes et qu’il y a si peu à distribuer, un calcul rapide montre que l’on assiste, avec une telle procédure, à un gâchis pour le moins étonnant de l’argent public.

La défiance des chercheurs à l’égard de l’ANR augmente et trouve son origine dans la procédure d’évaluation elle-même. La phase 1 de sélection des pré-projets par l’ANR est, de l’expérience de tous, très aléatoire, le même projet pouvant obtenir selon l’évaluateur des notes de 3 à 13/15 ! La phase 2 de sélection des projets est malheureusement souvent biaisée, comme toute sélection certes, mais les biais sont d’autant plus évidents et difficiles à lisser que le taux de projets sélectionnés est faible (2). Une grande loterie serait aussi peu équitable, mais considérablement moins coûteuse. Nous nous interrogeons également sur l’utilité de ce processus d’évaluation, lorsque des pressions sont exercées pour surclasser les PRCE au détriment de projets PRC pourtant mieux évalués que les dits PRCE (3) ? Enfin est-ce pour masquer l'indigence de la procédure et des moyens alloués que les appels à projet utilisent des termes toujours plus grandiloquents et vides de sens (4) ?

Le soutien à l’innovation que vous privilégiez est pourtant indissociable d’un soutien fort des sciences appelées fondamentales. La recherche fondamentale est un investissement à long terme et ses retombées socio-économiques, dont vous exigez l'immédiateté, n'est pas planifiable. L’assèchement de pans entiers de la recherche française auquel nous assistons depuis plusieurs années du fait de manque de financements récurrents conduit aujourd’hui à la disparition de nombreuses thématiques de recherche et est une menace lourde pour l’avenir du pays.

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(1). Dans certains comités, 2/3 des évaluateurs sont étrangers.

(2). Un exemple dans le Défi 5 : 5 des 7 PRC financés en biologie végétale utilisent le même modèle végétal.

(3). Les taux de succès des PRCE sont systématiquement plus élevés (13,5% de PRCE déposés ont été financés, contre 9,0% pour les PRC ; 48,2% des PRCE sont retenus après l’étape 1 contre 34,9% pour les PRC).

(4). Exemple emblématique, le message ubuesque reçu par chaque porteur de projet en septembre : " Soucieux de bien orienter votre projet dans le processus d’évaluation, nous avons mis en place la caractérisation de votre pré-proposition qui vous conduira à choisir un Défi, un axe, un objet principal de recherche (OPR), une application principale de recherche (APR), et une orientation prioritaire de la Stratégie nationale de recherche (SNR) et un mot-clé ERC, ainsi que des mots-clés correspondants."

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