Sauvons les façades Rivoli de la Samaritaine

 

Un acte de vandalisme de grande envergure va être commis au coeur du Paris Historique, à deux pas de la Tour saint Jacques, en catimini et suite à un enfumage bien mené de l'opinion.

La Samaritaine va être rénovée après sept ans d'inactivité, ce qui est une bonne chose. Or, on vous a parlé de la "conservation des superbes verrières et structures métalliques", de  "la nouvelle Samaritaine qui rend d’abord hommage à la précédente, et à ses architectes, Franz Jourdain et Henri Sauvage"

Oui, c'est vrai pour la Seine. Mais cela fait passer inapperçu ce qui est prévu côté rue de Rivoli, une opération d'une particulière gravité, telle que l'on en a pas vue depuis près de quarante ans à Paris : une intervention massive et brutale dans notre sacro-saint tissu haussmannien, auquel on n'ose presque jamais toucher. Or trois immeubles de la rue de Rivoli vont être abattus et remplacés par une façade rideau de type La Défense.


La rue de Rivoli était une des rares de Paris totalement épargnée, à l'exception des façades art-déco, précisément, de la Samaritaine, par les "gestes architecturaux" contemporains. Cette harmonie et cette beauté intactes est en danger, il est peut être déjà trop tard.

La réfection de la Samaritaine est l'occasion de la transgression d'un tabou, qui protégeait jusqu'alors les quartiers centraux, qui offrait une garantie minimale de sécurité esthétique : la conservation des façades. Des rues comme le Boulevard Haussmann sont, vous ne le savez peut-être pas, aussi modernes que Tolbiac ou Bercy. Mais les immeubles modernes son cachés par les anciennes façades en pierre, conservées devant les plateaux libres et les porteurs en béton armé élevé derrière. Le magasin Zara, par exemple, rue de Rivoli, est un immeuble de 1988 caché derrière une façade datant du début du second Empire... Or ce que l'on appelle (souvent improprement) haussmannien est sacré : c'est l'âme et le cachet de Paris, ce qui pourquoi Paris n'est pas Schentzen...

En dépit du bon sens et malgré les arguments qui, dans cette zone, plaidaient pour que ce procédé soit appliqué, trois magnifiques façades datant de Louis-Philippe vont s'écrouler sous les crocs des démolisseurs, afin qu'un cabinet d'architectes japonais "résolument contemporain" puisse utiliser un écrin valorisant pour assurer la visibilité de son projet: on sait que les agences avides de reconnaissance internationale préfèrent nettement les quartiers historiques, que l'on aime , aux zones sinistrées, c'est à dire modernes, que l'on déteste. Noyé dans le laid environnant, leur laid à eux passerait fâcheusement inapperçu.

L'annonce du projet définitif est sorti dans la presse sans commentaires autres qu'extasiés :"...une façade associant légèreté et transparence pour faire écho à l’esthétique rénovée des bâtiments historiques". Légèreté et transparence : du verre, agrafé à des structures en résille d'acier. Cette fois le verre est "ondulé", ce qui, comme au drugstore Publicis Champs Elysée, lui donnera inévitablement l'aspect toc du plastique d'emballage. 

Dans vingt ans, ce sera démodé, telle une vieille Renault 16 ou le papier peint orange des années 70. Et l'on dira encore que "des erreurs ont été commises..."

Quant à ce qui va disparaître: selon l'historien Pierre Pinon, ces immeubles sont "de qualité, mais n'on rien d'exceptionnel". Il le dit,  donc c'est vrai... 

Ce n'est pas notre avis. Ces belles façades, qui sont en harmonie avec les tissus environnants, sont sacrifiées sous prétexte qu'il y en a pléthore. Mais c'est l'ensemble des abords qui sont alors dénaturés dans une opération de ce genre, que l'on vend comme "modérée" et "respectueuse". C'est justement l'accumulation de ces immeubles uniformes qui donnent le cachet et l'harmonie à Paris. 


Bien sûr :"Une fois de plus les grincheux, les réacs et les "arc-boutés sur le passé" vont freiner Paris, tourné "résolument vers l'avenir" ... Ce discours, on l'a servi pour l'infâme tour Montparnasse, l'horrible fac de Jussieu, l'opéra Bastille, la ruineuse bibliothèque Miterrand, le grotesque Opéra de Lyon, le palais rose, le projet de Le Corbusier pour Orsay, le front de Seine. Les mêmes phrases à chaque opération de construction industrielle enveloppée dans du design contemporain. Quelles dithyrambes pour le centre Pompidou et ses monstrueux tuyeaux de la Rue du Renard. 

Il n'est peut être pas trop tard pour sauver ces façades. A chaque opération urbaine moderniste, le monde est un peu plus laid qu'avant , il ressemble un peu moins à Rome ou à Prague, un peu plus à la porte de Bagnolet ; un peu moins à Barry Lyndon et un peu plus à Soleil Vert. Alors agissez. Signez la pétition

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