Manifeste de La Fondation Héritage pour Haïti (LFHH) pour une sortie de crise - 2018

MANIFESTE POUR UNE SORTIE DE CRISE -  HAITI 2018

Nous, Haïtiens et Haïtiennes, nous avons connu toutes les vicissitudes, tous les excès et toutes les déchirures. Nous avons cru au pouvoir du verbe comme levier de changement. Nous avons vécu tous les clivages. Nous avons ressenti et enduré toutes les meurtrissures imposées à notre Patrie!

Nous avons fait de la démocratie un mirage inaccessible et avons souvent rejeté les valeurs dont elle était porteuse : les valeurs de tolérance, de respect de la personne humaine, de solidarité, de justice, d’intégrité et de service !

Nous avons recherché, dans les luttes intestines auxquelles nous nous sommes livrés, l’aide -- et souvent l’implication -- des autres et avons, de ce fait, hypothéqué notre indépendance et notre souveraineté !

Nous avons été finalement, pour ainsi dire, presque réduits, sans même nous en apercevoir, au rang de simples instruments dans les jeux de pouvoir des autres sur le sol de notre patrie !

Nous reconnaissons notre responsabilité commune dans les crises qui ont dévasté notre pays et nous estimons que cette reconnaissance est la condition primordiale pour tirer les leçons de nos déboires et ne pas être condamnés à répéter indéfiniment les erreurs du passé.

Nous avons beaucoup souffert, mais nous avons aussi beaucoup  appris !

Nous avons payé cher le prix de la connaissance. Nous l’avons payé de milliers de morts, de disparus et de blessés ! Nous l’avons payé de la déchéance de nos villes et de nos villages. Nous l’avons payé du déclin de la production nationale ! Nous l’avons payé de notre environnement assassiné. Nous l’avons payé de notre dépendance et de notre assujettissement à l’aide internationale ! Nous l’avons payé de l’impunité qui nourrit le débridement de la violence et perpétue la corruption. Nous l’avons payé de l’exode de centaines de milliers de nos jeunes et de la fuite de nos cerveaux. Nous l’avons payé de la réputation ternie de notre pays, de la perte de notre qualité de vie, de la chute de nos revenus et de notre misère absolue !

Nous l’avons payé de nous-mêmes, de notre aptitude au bonheur, de notre capacité à espérer, de notre estime de soi !

Mais nous savons aujourd’hui, après deux cents ans d’histoire entachés de larmes et de sang, que le recours à la violence, l’égoïsme à outrance et l’exclusion ne peuvent nous mener qu’à la destruction et à la mort -- à la destruction de l’autre, mais aussi à la destruction de soi.

Nous savons également que nous sommes désormais liés, hommes, femmes, jeunes, vieux, riches, pauvres, citadins, campagnards, lettrés, illettrés, pour le meilleur et pour le pire, par un même destin.

Nous pouvons en faire un destin d’ouverture et d’avenir :
-  Si nous nous attelons à réhabiliter le modèle d’union qui nous avait permis de faire 1804 ;
- Si nous nous libérons de nos traditions d’exclusion et de discrimination, de nos pesanteurs partisanes, sectaires, régionales, claniques et de nos querelles qui ont dénaturé cette union pour en faire un modèle à suivre pour conjurer la violence et l’incivilité qui se répand dans notre pays ;
- Si nous comprenons que les rapports entre nous ne peuvent pas se limiter au voisinage ou à la simple coexistence mais doivent devenir des liens fraternels de solidarité, indispensables à l’épanouissement collectif ;
- Si nous gérons nos différences en ayant recours au dialogue et au compromis et en développant une culture de la convivialité et de respect mutuel qui repose sur la démocratie, les droits de l’homme et la rectitude morale;
- Si nous avons le courage de résister aux atavismes césariens, aux penchants démagogiques et de faire face aux courants d’anarchisme qui se sont développés dans nos villes et dans nos communautés pour déjouer ainsi toute possibilité de résurgence de dictatures et empêcher que notre société ne soit prise, une nouvelle fois, en otage par des exaltés, des extrémistes, des mercenaires et des corrompus.

Mais nous pouvons également en faire un destin de déchéance:
- Si nous demeurons prisonniers du passé et de ses conflits, incapables de rendre justice, de tourner la page et d’assumer les conséquences et la responsabilité de toutes les victimes de nos luttes intestines des 60 dernières années sans discrimination aucune.
- Si nous continuons à nous opposer sur les priorités nationales – réforme des institutions de la République, établissement d’une démocratie viable et d’un Etat de droit porteur de justice sociale, de développement économique, de lutte contre la corruption et de réduction de la pauvreté -- en refusant de saisir leur complémentarité.
- Si nous esquivons notre responsabilité de valoriser un modèle de leadership axé sur la responsabilité, le service et les valeurs morales immuables.

Nous savons enfin que notre indépendance et notre souveraineté découlent, avant tout, de notre volonté de rester unis, de préserver la convivialité entre nous, Haïtiens et Haïtiennes, et de créer un Etat dont l’existence ne soit plus tributaire des consignes internationales et dont le fonctionnement ne soit plus en permanence entravé par les rivalités et les trivialités partisanes.

Nous refusons de vivre dans la honte :
-  La honte d’un Etat prédateur et corrompu qui se repaît des ressources de la Nation;
- La honte d’un Etat marron qui ne respecte pas les accords et les conventions qu’il ratifie, qui ne respecte et n’applique pas les lois qu’il édicte et qui ne respecte pas les citoyens;
-  La honte d’un Etat qui n’a de cesse que de souiller notre histoire nationale et de détruire notre patrimoine ;
- La honte d’un Etat pusillanime, dépourvu d’autorité morale et d’autorité tout court;
- La honte d’un Etat incapable de fournir des opportunités et des services minimes à la population ;
- La honte d’un Etat dont le fondement principal est la méfiance… la méfiance dans laquelle il a toujours maintenu les Haïtiens par rapport à eux-mêmes et par rapport aux autres.

Nous, Haïtiens et Haïtiennes, de toutes les couches sociales, de toutes les régions, de tous les secteurs, estimons que le changement est désormais possible parce que nous sommes aujourd’hui plus forts et plus lucides qu’hier !

Nous le sommes parce que nous avons décidé de prendre notre destin en main et de compter sur nous-mêmes ! Nous le sommes parce que nous refusons toute discrimination entre nous et que nous considérons que ce qui nous lie est beaucoup plus important que ce qui nous divise ! Nous le sommes parce que nous avons compris que seul le respect du droit nous rend égaux et fait que nos différences ne sont plus vécues comme des facteurs de division, mais comme des sources de richesse ! Nous le sommes parce que nous pensons que nous, Haïtiens et Haïtiennes, nous pouvons vivre et travailler ensemble, égaux et différents, se respecter mutuellement et construire notre nation !

Nous le sommes aussi parce que notre contribution pour sortir notre pays de la stagnation et de la dérive dans laquelle l’a plongé un demi-siècle de tyrannie et de dictature s’est à maintes fois déjà illustrée et peut être déterminante ! Nous le sommes parce que nous sommes plus habilités que d’autres à réconcilier le peuple haïtien avec lui-même ! Nous le sommes parce que nous avons l’expérience pratique, cruellement acquise, des pièges et des écueils à éviter!

Nous le sommes enfin parce que la communauté internationale, qui a longtemps ignoré nos aspirations pour un Etat de droit et l’expérience de la classe politique haïtienne et soutenu les régimes « forts » en Haïti, commence aujourd’hui à saisir l’importance du modèle de démocratie consensuelle que nous voulons créer en Haïti et reconnaît la nécessité de soutenir nos efforts pour prévenir le retour à la gouvernance criminelle et aux désordres répétés.

Avant les prochaines élections, qui, nous le souhaitons, conduiront au début de la transformation de notre pays, nous sommes plus que jamais conscients de notre devoir vis-à-vis de notre patrie et nous nous devons d’oeuvrer ensemble à définir une voie haïtienne vers la modernité qui servirait de fondement à un projet susceptible de sortir notre pays du marasme dans lequel il se trouve et de le réconcilier avec lui-même.

Nous prenons position contre toutes les stratégies de division, aussi bien celles fondées sur des idéologies que celles basées sur des clivages culturels, raciaux ou sociaux.

Nous rejetons également toute vision manichéenne qui, encore une fois et au nom d’une utopie illusoire, s’approprierait de la vérité et diviserait le pays en deux camps antagonistes, le camp du bien et celui du mal.

Nous pensons qu’il faut à tout prix mettre un terme à ce processus de réduction qui est à l’origine de toutes nos folies et de toutes nos dérives: réduction de la politique à la démagogie, de la démagogie à l’action violente.

Nous nous engageons à oeuvrer pour un pays nouveau ; un pays de paix fondé sur le respect de la démocratie et de la justice et guidé par les valeurs d’éthique, d’intégrité et de probité !


Fait à Port-au-Prince, le 16 novembre 2018


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