Afflux massif d'étudiants à l'université ? Recrutons des enseignants !

Trop d'étudiants dans les universités ?

Ne soyez pas Coulhon, recrutez des enseignants !

Coulhon.png

 

Cher Thierry Coulhon,

 

 

Vous connaissez parfaitement les rouages du monde universitaire. Quelle heureuse nouvelle : nous avons besoin de vous ! Nous vous avons découvert, en 2008, conseiller spécial de Valérie Pécresse puis directeur adjoint de son cabinet de 2009 à 2010 ; c'est à vous que l'on doit la LRU, la loi sur l'autonomie des universités1. Nous vous avons redécouvert en 2016 lorsque les mails de préparation de la campagne d'Emmanuel Macron ont été divulgués2 : responsable des questions touchant à l'Enseignement Supérieur et la Recherche, c'est vous qui conseillez le président. C'est vous qui défendez la sélection des étudiants à l'université. C'est vous qui comptez sur une hausse importante des frais d’inscription3.

 

 

Nous, nous sommes enseignants non-titulaires à l'université. Pendant toutes nos années de thèse, nous avons rencontré un étrange paradoxe. Nous y avons appris à chercher, publier, et surtout enseigner. Mais une sentence revient inlassablement : à quoi bon tout ce travail, puisque nous n'obtiendrons jamais de postes ? En effet, depuis la LRU, les budgets de nombre de nos universités sont dans le rouge4, et, vous le savez, depuis dix ans le nombre de postes d’enseignants-chercheurs ouverts au concours a été réduit de plus de 40 %5 alors que les départs à la retraite ne sont pas remplacés. Les recrutements de nouveaux maîtres de conférences sont gelés et les conditions matérielles dans lesquelles nous travaillons sont terrifiantes6.

 

 

Heureusement, la situation actuelle semble changer la donne. Nos universités vont accueillir l'année prochaine 40 000 étudiants de plus. N'est-ce pas là une occasion en or de créer des emplois ? Souvenez-vous : en 1991, précédente période d'afflux massif de bacheliers à l'université, le plan U2000 avait créé huit nouvelles universités, dont quatre en Île-de-France. Vous qui avez été chercheur en mathématiques, vous maîtrisez les chiffres, n'est-ce pas ? Les universités sont aujourd'hui dans une situation aberrante : 30 % des enseignants sont des contractuels, des non-titulaires (ce chiffre est fortement sous-évalué puisqu’il ne prend pas en compte les chargés d’enseignement vacataires)7. Nous enchaînons les CDD, nous multiplions les heures d'enseignement pour pouvoir subsister tout en terminant nos thèses en parallèle, nous cumulons les vacations pour lesquelles les universités ne payent aucune cotisation sociale, nous ne pouvons offrir aux étudiants aucune cohérence pédagogique puisque nous sommes les bouche-trous, des fantômes8. Et le fin comptable que vous êtes ne peut que noter le gâchis d'argent public que cette situation représente : la France investit dans la formation de futurs enseignants qui pour nombre d'entre eux se voient contraints de trouver des postes à l'étranger.

 

 

Vous le savez pourtant, la France a amplement les moyens de financer une université digne de ce nom9. En 2015, alors président de Paris Sciences et Lettres (regroupement d’universités d’élite) vous avez touché un salaire de 150 000 euros nets par an10. Nous n'en demandons pas tant. Nous souhaitons simplement exercer la profession à laquelle nous avons été formés. Nous y avons travaillé d'arrache-pied pendant toutes nos études supérieures, nous savons expliquer, nous savons corriger, nous savons intéresser, nous savons exercer, nous savons faire rire et nous savons faire travailler. Nous savons enseigner. Répondez donc de toute urgence à l'actuelle colère des étudiants qui ont toutes les raisons de se révolter. Non, on ne leur offrira pas l'université à dix vitesses de la loi ORE. Les enseignants sont là, devant vous, et ne demandent qu'à prendre leurs fonctions. L'université a besoin d'un vaste plan de réforme et nous lui avons déjà trouvé un sigle séduisant : ORE, Objectif Recrutement Enseignant. N'est-il pas grand temps de remettre du bon sens dans tous ces chiffres ?

 

 

1. Henry Odile, Sinigaglia Jérémy, « De l'autonomie à la mise sous tutelle ? Contraintes budgétaires et stratégies gestionnaires des universités », Savoir/Agir, 2014/3 (n° 29), p. 15-24. En ligne.

3. Pour plus d'information sur le programme de la hausse des frais d'inscription en marche, on renvoie à l'analyse des MacronLeaks de David Flacher et Hugo Harari-Kermadec dans « La rentabilité de l’enseignement supérieur n’a aucun sens ! », Mensuel du Snesups, n°659 novembre 2017, ainsi qu'à l'étude des économistes attérrés Eric Berr et Léonard Moulin : «« En marche » vers la destruction de l’université », mars 2018. En ligne.

4. "La Cour des comptes alerte sur la situation budgétaire de quinze universités", Le Monde, 2017. Sur l'urgence d'un inverstissement massif de l'État dans l'enseignement supérieur et la recherche, on renvoie au "Communiqué concernant le budget ESR 2018" de RogueESR.

6. Grangé, Christophe, La destruction de l'université  française, La Fabrique, 2015.

9. Collectif ACIDES, Arrêtons les frais ! Pour un enseignement supérieur gratuit et émancipateur, Raisons d’agir, 2015.


Thierry Coulhon, Conseiller enseignement supérieur à la ‎Présidence de la République    Contacter l'auteur de la pétition

Signer cette pétition


OU

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée sur notre site. Cependant, l'auteur de la pétition verra toutes les informations que vous rentrerez sur ce formulaire.

Pour recevrez un e-mail contenant un lien pour confirmer votre signature. Pour vous assurer de recevoir nos e-mails, veuillez ajouter info@petitions24.net à votre carnet d'adresses ou votre liste des expéditeurs autorisés.
Facebook